Face Est du Pic de bure à ski

Face Est Pic de bure ski- en haut

Lorsque les conditions sont présentes, que les copains sont libres, qu’il fait beau et que l’on a un projet atypique depuis longtemps, c’est le moment d’y aller! Alors il faut savoir ne pas être raisonnable, annuler sa journée de travail pour cause exceptionnelle, prendre ses skis, mettre le réveil à 5h du matin et hop, aller vivre l’aventure avant qu’elle ne vous passe sous le nez! C’est sûr, on aurait pu continuer à skier dans le queyras en se gavant de poudreuse à moindre effort mais il faut savoir se renouveler et tenter des projets dans l’incertitude. Et puis, la poudreuse hein, on en a par dessus la tête depuis le début de l’hiver, c’est le cas de le dire…

Alors, cette fois, on met le cap à l’Ouest en se dirigeant vers ce massif très particulier des hautes-alpes: le devoluy. Un little dolomite en quelque sorte… de grandes falaises avec beaucoup de grottes et d’immenses combes enneigées. C’est au Pic de bure que nos regards se portent aujourd’hui, pour aller skier sa face Est qui nous faisait de l’œil depuis bien longtemps. Pourquoi aller skier ce genre de pente raide ou l’erreur est interdite au lieu de se balader tranquillement sur de modeste sommet?

Hum, bonne question n’est-ce pas? « Pourquoi pas » répond bien souvent Loris, un compagnon coutumier des hauteurs abrupts. Ça à le mérite d’être simple et clair, bien que pas très étayée comme réponse! Pour ma part, je trouve qu’il y a une ambiance très particulière dans le ski de pente raide. On est très concentré, chaque geste se doit d’être précis et efficace et notre présence est à son maximum. C’est un moment de vie bref mais qui s’incruste profondément dans l’être pour toujours. Une sorte de substance qui nourrit bien plus que le corps et qui permet un moment de sortir de son carcan psychique pour devenir plus grand, plus vaste et plus libre. Non pas se sentir invincible, loin de là. Le montagnard et le skieur alpiniste doivent, je pense, laisser leur ego de coté et prendre la montagne avec modestie et avec joie (ne pas oublier que c’est un jeu, même si parfois c’est un jeu sérieux. Je citais à ce propos il y a peu Gaston Rébuffat dans cet article: « c’est quoi cette envie de skier » ). L’environnement nous donne sans cesse cette leçon: nous sommes de petites choses dans un monde immense. La montagne est une camarade qui nous le rappel vivement! Merci à elle.

Donc, ce Pic de Bure. Nous sommes d’abord deux larrons, puis trois, quatre, cinq finalement à suer joyeusement dans la grande combe d’Aurouze qui mène 1200m plus haut sur le plateau de Bure. Assez rapidement nous troquons les skis de randonnée contre les crampons, histoire de pouvoir monter en sécurité sur cette neige bétonnée. Mais crampons en aluminium peine parfois à rentrer dans la pente. Houla, quelles conditions va t-on trouver sur cette face Est? La neige sera t-elle assez souffle, assez réchauffée par le soleil? That is the question! 

Quelques chamois nous accompagnent du regard et puis nous sortons au soleil sur le grand plateau sommital. Panorama grandiose qui s’étend de toute part. Quel privilège d’être là avec les bons amis! Nous rejoignons rapidement la crête sommitale qui donne un aperçu de notre objectif. Haha, ça à l’air plutot bon! Nous n’avons même pas besoin de sortir la corde et rentrons directement les skis au pieds dans la face. Une fois le premier virage effectué, la pression interne baisse, le corps est lancé! La descente nous offre des passages en neige de printemps alternant avec de la neige froide excellente. Ce sont des conditions parfaites. On en profite et on savoure jusqu’en bas où les skis sont lâchés à grande vitesse dans le cône de neige terminal. 

Le problème, c’est qu’une fois en bas de cette fameuse face Est, même très content, il faut bien revenir à la maison. Et là, la journée commence… Nous remettons les peaux jusqu’au col de Conode, traversons longuement en glissant sous les barres rocheuses aux chamois, déchaussons pour remonter une petite arête déneigée, doutons un peu de l’itinéraire à prendre, remettons les skis dans la foret sur une neige de printemps, cassons un skis en se prenant les pieds dans un barbelé bien caché, chutons la tête la première en versant un peu de son sang dans la montagne, mettons les skis sur le sac pour remonter au hameau des Sauvas puis continuons longuement jusqu’à l’éboulement de la route où nous nous sommes garés ce matin tôt. Et voilà, fatigués mais heureux!  

   

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